De février à juin 2026, les 27 élèves du groupe de première Histoire des Arts (les Atlas) du lycée Pierre de Coubertin de Calais ont mené un projet ambitieux et engagé autour de la notion de contestation dans l’art, et plus précisément dans la mode.
Après une première réflexion menée avec un petit groupe d’élèves volontaires (qui a permis de dégager de nombreuses pistes), l’ensemble du projet, intitulé Incarner le fil de la contestation, a été présenté au groupe-classe qui a immédiatement adhéré. Il s’est agi de décliner ensuite les axes établis en deux thématiques fortes et concrètes, résumées ici.
Tout le cheminement en amont pourrait s’articuler au cours d’une séquence en classe avec un autre groupe qui mènerait à coup sûr à d’autres propositions — et qui ferait écho au vademecum d’Histoire des arts à destination des professeurs de collège, proposé par l’INHA, avec des verbes comme DÉCRIRE, SYMBOLISER, CROISER, CRÉER, APPRENDRE À VOIR ou encore CHANTER, PENSER LE MONDE. Les entrées sont assez nombreuses pour éveiller l’intérêt des élèves afin d’étayer leur esprit critique, avant de les faire participer à un projet collectif — tout en ayant une approche problématisée qui ne soit pas culpabilisante.
Axe 1 — L’accumulation résultant d’une surconsommation
1. Une superposition de pièces de joggings sur un même modèle
2. L’accumulation de broches, badges et pin’s sur un même vêtement
Les badges sont (de nouveau) à la mode ; les accumuler permet d’avoir une réflexion sur une forme d’activisme qui fluctue au gré des saisons, de la même manière que les slogans ou les motifs. Le jogging, quant à lui, a fait son grand retour après la période de confinement : il est le reflet d’une société en quête de confort immédiat, qui détourne l’usage premier de ce vêtement en coton — faire du sport et transpirer.
Dans les deux cas, il a été demandé aux élèves d’apporter chacun au moins une pièce de jogging et quelques badges/pin’s/broches. Ces derniers ont été accrochés sur une veste en denim, portée ensuite par 3 garçons du groupe. Quant aux pièces de jogging, elles ont été accumulées sur un même élève.






Axe 2 — La réutilisation d’un matériau pour produire un vêtement
3. Faire d’une bâche une robe
4. Construire autour d’une structure simple un vêtement à partir de sacs, de cabas ou de cartons de livraison
Les sacs en papier s’achètent désormais, afin de pousser le consommateur à avoir avec lui ses propres cabas réutilisables — et pourtant, ils sont partout dans la rue et permettent d’afficher fièrement ses achats récents. La bâche, elle, incarne ces déchets qui volent au vent et encombrent les paysages : reflets de ces matières que l’on ne sait pas toujours recycler, mais que l’on continue à utiliser et à jeter.
Pour les cabas, les élèves ont été mis à contribution et le choix s’est arrêté sur la construction d’une jupe (dont plusieurs essais ont été nécessaires). Pour la bâche, il s’est agi de réutiliser celle d’un projet mené l’an passé. Dans les deux cas, ce sont deux élèves volontaires qui ont porté le « vêtement ».






Réalisation
Dans les 4 propositions, les élèves du groupe 1HDAATLAS ont été mobilisés pour apporter des éléments renforçant l’effet souhaité : la démesure. Les photographies ont été prises à la Cité de la dentelle et de la mode et à l’école d’Art, la plupart par Andréa Courouble (élève de terminale HdA), mais ont nécessité un travail d’équipe indispensable. La dernière session, au sein de l’établissement, a permis de conclure le projet (et de voir la jupe se disloquer).
Autour des personnages que les élèves ont imaginés, l’accumulation et la réutilisation de matières ont suscité débats, réflexions et critiques ; elles ont fait émerger une prise de conscience des dérives de leur/notre consommation ; elles ont reflété une forme de contestation que les nouvelles générations revendiquent.